
Contrairement à l’idée reçue, la clé n’est pas de choisir un camp entre éducation stricte et parentalité positive, mais de construire votre propre boussole éducative.
- L’incohérence (le « yoyo » entre autorité et laxisme) est plus déstabilisante pour un enfant que la sévérité d’un cadre clair.
- Définir 3 valeurs familiales non-négociables est l’outil le plus puissant pour guider vos décisions au quotidien.
Recommandation : Avant de vous intéresser à une pédagogie externe, commencez par clarifier ce qui est fondamental pour vous. L’article vous guide pour réaliser cet audit personnel.
Être parent aujourd’hui, surtout en milieu urbain, ressemble souvent à un numéro d’équilibriste. Vous êtes au carrefour des injonctions : les conseils bienveillants des magazines, les souvenirs de votre propre éducation – parfois plus stricte –, et le regard des autres parents à la sortie de l’école. Ce tiraillement constant entre l’envie de bien faire, la peur de mal faire et la tentation de reproduire ce que l’on connaît est une source d’anxiété et de culpabilité pour beaucoup.
On nous parle de parentalité positive, de pédagogies Montessori ou Freinet, de communication non-violente… Ces approches sont riches, mais peuvent aussi sembler dogmatiques, coûteuses, ou simplement déconnectées de la réalité d’un appartement en ville et d’un quotidien chronométré. Face à cette profusion d’informations, beaucoup de parents naviguent à vue, alternant des moments d’autorité inspirés de leur héritage éducatif et des périodes de laxisme teinté de culpabilité. Mais si la véritable clé n’était pas de choisir une chapelle, mais plutôt de construire votre propre boussole ?
En tant que coach parentale, je ne suis pas là pour vous dire quelle est la « bonne » éducation, mais pour vous aider à trouver la vôtre. Celle qui est cohérente, alignée avec vos valeurs profondes et adaptée à votre contexte de vie unique. Cet article est conçu comme un parcours de clarification. Il ne vous donnera pas de recette magique, mais une méthode pour bâtir des fondations solides, transformer les doutes en certitudes et retrouver de la sérénité dans votre rôle.
Cet article vous guidera à travers les questions essentielles pour bâtir votre propre philosophie parentale, de la gestion des incohérences à l’adaptation de votre éducation au contexte urbain, en passant par la définition de vos valeurs fondamentales.
Sommaire : Définir sa boussole éducative pour une parentalité sereine
- Pourquoi alterner autorité et laxisme déstabilise votre enfant 3 fois plus ?
- Comment définir votre cap éducatif en listant vos 3 valeurs non-négociables ?
- Parentalité positive ou éducation stricte : quelle approche pour un enfant de 6 ans en ville ?
- L’erreur qui perpétue les schémas toxiques chez 50% des nouveaux parents
- Après 3 crises ou 3 mois : quand changer d’approche éducative ?
- L’erreur des parents élevés à la campagne qui ne fonctionne pas en ville
- L’erreur qui perpétue la maltraitance psychologique chez 60% des familles
- Comment éviter d’être un parent hélicoptère tout en restant présent en ville ?
Pourquoi alterner autorité et laxisme déstabilise votre enfant 3 fois plus ?
Le plus grand ennemi de la sécurité affective d’un enfant n’est pas la fermeté, mais l’imprévisibilité. Imaginez que les règles du jeu changent constamment sans préavis. C’est précisément ce que ressent un enfant soumis au « yoyo éducatif ». Un jour, le parent, fatigué, laisse tout passer. Le lendemain, pris d’un accès de culpabilité ou de stress, il impose une discipline de fer pour la moindre peccadille. Cette oscillation entre deux pôles crée une profonde insécurité. L’enfant ne sait jamais sur quel pied danser, ni quelle version de son parent il va affronter. Il n’apprend pas à intégrer une règle, mais à décrypter l’humeur parentale pour s’adapter et éviter le conflit.
Cette incohérence est particulièrement déstabilisante car elle empêche l’enfant de construire un cadre de référence interne. Une règle, même stricte, si elle est juste, constante et expliquée, offre une structure prévisible sur laquelle l’enfant peut s’appuyer pour comprendre le monde. Le yoyo éducatif, lui, envoie un message confus : « ce qui était acceptable hier est intolérable aujourd’hui ». À long terme, cela peut générer de l’anxiété, une difficulté à gérer la frustration et une tendance à tester constamment les limites pour vérifier si le cadre a encore changé. C’est pourquoi un cadre cohérent, même s’il est jugé « traditionnel », est souvent plus structurant qu’une bienveillance de façade qui s’effondre à la première contrariété.
Comme l’illustre cette image, l’enfant se retrouve pris entre deux feux, ne sachant quelle direction prendre. Le véritable enjeu n’est donc pas de choisir entre la porte de la froideur et celle de la chaleur, mais de créer un chemin éclairé de manière constante. Mieux vaut une lumière tamisée mais stable qu’une alternance de projecteurs aveuglants et d’obscurité totale. La prévisibilité des réactions parentales est le socle sur lequel l’enfant bâtit sa confiance en lui et dans les autres.
L’objectif n’est pas la perfection, mais la direction. Accepter de ne pas être parfait, mais s’efforcer d’être prévisible et constant dans ses décisions fondamentales, voilà le premier pas vers une ligne éducative apaisée.
Comment définir votre cap éducatif en listant vos 3 valeurs non-négociables ?
Face au « yoyo éducatif », la solution est de construire une « boussole interne ». Cet outil, c’est votre socle de valeurs. Plutôt que de réagir à chaud à chaque situation en vous demandant « Dois-je punir ou expliquer ? », vous vous demanderez « Quelle décision est la plus alignée avec nos valeurs ? ». Il ne s’agit pas de lister des dizaines de principes, mais d’identifier les 3 valeurs fondamentales et non-négociables qui formeront le cœur de votre projet familial. Ces valeurs deviendront votre filtre de décision pour tout : le temps d’écran, le choix des activités, la gestion des conflits, les tâches ménagères.
Pour les définir, prenez un temps au calme, seul ou avec votre co-parent. Demandez-vous : « Quand mon enfant sera adulte, quelles sont les trois qualités humaines que je serais le plus fier qu’il incarne ? ». Est-ce la créativité, le respect (des autres, de la nature), la persévérance, l’honnêteté, la générosité, la curiosité, l’autonomie ? Choisissez des mots qui résonnent fortement en vous. L’idée est de passer d’une éducation basée sur des règles de comportement (« ne coupe pas la parole ») à une éducation basée sur des valeurs (« nous cultivons l’écoute et le respect mutuel »).
Une fois ces 3 valeurs définies, elles deviennent votre guide. Exemple : si l’une de vos valeurs est la « Curiosité », alors un verre renversé en tentant une expérience en cuisine devient moins une bêtise à sanctionner qu’une occasion d’apprendre (et de nettoyer ensemble). Si c’est le « Respect », alors un conflit avec un autre enfant ne se règlera pas par une punition, mais par une discussion sur l’impact de ses actes sur l’autre. Cette boussole ne vous donnera pas toutes les réponses, mais elle vous assurera que, même dans la tempête, vous gardez le bon cap.
Votre feuille de route pour définir votre boussole éducative
- Brainstorming individuel : Listez 10 qualités ou principes qui vous semblent essentiels dans la vie. Ne vous censurez pas. Pensez à votre propre éducation : qu’est-ce qui vous a manqué ? Qu’est-ce qui vous a construit ?
- L’épreuve du podium : Parmi votre liste, forcez-vous à n’en garder que trois. C’est l’étape la plus difficile. Imaginez que ce sont les trois seules choses que vous pouvez léguer à votre enfant. Lesquelles choisissez-vous ?
- Mise en commun (si en couple) : Chacun présente son « podium ». Discutez des points communs, des différences. L’objectif est de trouver un socle de 3 valeurs partagées, ou de s’accorder sur le fait que l’un valorise plus X et l’autre Y, et comment cela se traduit.
- Traduction en actions : Pour chaque valeur, listez 3 comportements concrets que cela implique pour vous (parents) et pour votre enfant. Exemple : Valeur « Solidarité » -> Action « On aide à mettre la table même si on n’a pas faim ».
- Affichage et révision : Notez ces 3 valeurs quelque part (pas forcément sur le frigo, mais au moins dans un carnet). Revoyez-les tous les 6 mois. Ont-elles évolué ? Sont-elles toujours pertinentes ?
C’est ce travail de fond qui vous permettra de naviguer avec confiance, en sachant que vos décisions, même si elles sont parfois difficiles, sont toujours guidées par une intention claire et un amour profond.
Parentalité positive ou éducation stricte : quelle approche pour un enfant de 6 ans en ville ?
Le débat entre « parentalité positive » et « éducation stricte » est souvent présenté comme un match de boxe où il faudrait choisir son champion. C’est une vision épuisante et contre-productive. La parentalité positive n’est pas l’absence de règles, et l’éducation stricte n’est pas synonyme de violence. Pour un enfant de 6 ans en milieu urbain, la question n’est pas de choisir une étiquette, mais de piocher intelligemment dans chaque approche pour répondre à deux besoins fondamentaux : la sécurité émotionnelle et la sécurité physique.
Le contexte urbain exacerbe cette dualité. D’un côté, la densité, le bruit, le rythme effréné appellent à développer des compétences socio-émotionnelles fortes (gérer la frustration dans les transports, interagir avec de nombreux inconnus), ce qui plaide pour les outils de la parentalité positive (écoute des émotions, communication). De l’autre, les dangers de la ville (circulation, foule) exigent des règles de sécurité non-négociables et une obéissance parfois immédiate, qui peuvent être associées à une approche plus « stricte ». Tenter de négocier avec un enfant de 6 ans qui s’apprête à traverser la rue sans regarder n’est pas de la bienveillance, c’est de l’inconscience.
De plus, l’accès à des pédagogies alternatives comme Montessori, souvent associées à la parentalité positive, est une réalité financière qui crée une fracture. Comme le montre le comparatif ci-dessous, le coût en France peut être un obstacle majeur.
| Type d’établissement | Tarif mensuel indicatif | Tarif annuel indicatif |
|---|---|---|
| Maison des enfants Montessori (3-6 ans) à Paris | 700 € à 1 045 € | ≈ 7 000 € à 10 000 € |
| Élémentaire Montessori (6-12 ans) à Paris | 800 € à 1 200 € | ≈ 8 000 € à 12 000 € |
| Maison des enfants Montessori en région (hors Paris) | 190 € à 500 € | ≈ 3 500 € à 6 000 € |
| École publique appliquant des méthodes actives | Gratuit (hors cantine, garderie, activités périscolaires) | 0 € de scolarité |
Heureusement, la vraie « parentalité positive » est une philosophie, pas un produit de luxe. Elle peut et doit s’appliquer dans n’importe quel contexte, y compris si votre enfant est dans le système public. Il s’agit d’intégrer des principes clés dans votre quotidien :
- Répondre aux besoins affectifs : C’est la base de la sécurité. Un enfant dont le réservoir affectif est plein est plus coopératif.
- Poser un cadre clair et sécurisant : Les règles ne sont pas des punitions, mais les murs porteurs de la maison familiale.
- Être à l’écoute des émotions : Reconnaître l’émotion (« Je vois que tu es très en colère ») ne veut pas dire accepter le comportement (frapper).
- Favoriser l’autonomie : Permettre à l’enfant de faire seul ce qu’il est capable de faire renforce sa confiance en lui.
- Exclure toute violence : La violence physique (fessée, tape) et psychologique (humiliation, chantage) est un aveu d’échec, pas un outil éducatif.
La meilleure approche pour un enfant de 6 ans en ville est donc un modèle hybride : un cadre ferme et des règles de sécurité non-négociables (le « strict » au sens de structurant), enrobés dans un quotidien de bienveillance, d’écoute et de connexion émotionnelle (les principes du « positif »).
L’erreur qui perpétue les schémas toxiques chez 50% des nouveaux parents
L’erreur la plus commune et la plus insidieuse que commettent les nouveaux parents est de croire qu’ils agissent en pleine conscience, alors qu’ils ne font souvent que reproduire, de manière inconsciente, les schémas de leur propre enfance. C’est l’ « héritage éducatif » non questionné. Vous vous êtes peut-être juré de ne jamais dire « C’est moi qui décide et puis c’est tout », et pourtant, un jour d’épuisement, la phrase vous échappe. Cette reproduction n’est pas un signe de mauvaise volonté, mais la manifestation d’un automatisme profondément ancré.
Le recours aux violences dites « éducatives ordinaires » (VEO) – fessées, tapes, humiliations, menaces – en est l’exemple le plus flagrant. Beaucoup de parents qui y ont recours ont eux-mêmes été éduqués ainsi et répètent le schéma en pensant, à tort, que « ça ne leur a pas fait de mal ». Les chiffres sont éloquents : selon la Fondation pour l’enfance, 8 parents français sur 10 usent de telles violences. Ce chiffre montre l’ampleur d’un problème culturel et transgénérationnel, où la violence est banalisée et confondue avec l’autorité.
La loi du 10 juillet 2019, qui a inscrit dans le Code civil que « l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques », a une portée avant tout symbolique et pédagogique. Elle vise à initier un changement de mentalité en nommant clairement ce qui n’est pas acceptable. Elle rappelle que la fessée n’est pas un « petit truc » anodin, mais bien une atteinte à l’intégrité physique et psychologique de l’enfant. Le principal schéma toxique est de confondre autorité et pouvoir. L’autorité se gagne par la cohérence, le respect et la confiance. Le pouvoir s’impose par la force et la peur.
Pour briser ce cercle, la première étape est la prise de conscience. Cela demande de s’interroger sur sa propre histoire : Comment mes parents géraient-ils les crises ? Comment me sentais-je à ce moment-là ? Quelles phrases ou attitudes m’ont blessé ? Reconnaître ces « déclencheurs » émotionnels est essentiel pour éviter de réagir en pilote automatique et choisir consciemment une autre voie.
Cette introspection est un cadeau que vous vous faites à vous-même et à votre enfant. C’est l’acte fondateur qui permet de passer d’une éducation subie et reproduite à une éducation choisie et intentionnelle.
Après 3 crises ou 3 mois : quand changer d’approche éducative ?
La question de savoir quand et pourquoi changer de cap éducatif est légitime, mais les indicateurs chiffrés comme « 3 crises » ou « 3 mois » sont des leurres. L’éducation n’est pas une science exacte. Le bon moment pour réévaluer son approche ne se mesure pas en nombre de conflits, mais à l’aune d’indicateurs qualitatifs bien plus profonds. Le premier et le plus important est votre propre état : l’épuisement parental. Si vous avez le sentiment de passer vos journées à crier, à punir, à être dans un rapport de force constant, et que le soir vous vous effondrez en vous sentant comme un « mauvais parent », c’est un signal d’alarme majeur. Ce n’est pas votre enfant qui a un « problème », c’est votre système qui ne fonctionne plus.
Le deuxième indicateur vient de l’enfant lui-même. Non pas une crise isolée pour un bonbon à la caisse du supermarché, mais une multiplication et une intensification des comportements d’opposition sur tous les fronts. Quand le « non » devient systématique, quand chaque transition (partir à l’école, aller se coucher, prendre le bain) devient une bataille, c’est souvent le signe que l’enfant ne se sent plus en sécurité dans le cadre proposé. Il ne vous teste pas par plaisir, il cherche désespérément où sont les murs. Si les crises deviennent plus fréquentes, plus longues, et que vous sentez votre enfant malheureux et constamment sur la défensive, il est temps de s’interroger.
Enfin, le troisième et plus subtil indicateur est la perte de connexion. Vous avez l’impression de ne plus « rejoindre » votre enfant, de ne plus partager de moments de complicité simples. Le quotidien est devenu une suite de tâches à accomplir et de conflits à gérer. Le plaisir d’être ensemble a disparu, remplacé par la tension. Si la simple idée de passer un après-midi seul avec votre enfant vous angoisse, c’est que le lien est abîmé et qu’un changement est nécessaire. Changer d’approche ne veut pas dire tout jeter, mais plutôt ajuster le tir. Souvent, cela commence par se concentrer sur un seul aspect : recréer des moments de jeu et de plaisir partagé, sans enjeu éducatif, juste pour le bonheur d’être connectés.
Réévaluer son approche n’est pas un signe de faiblesse, mais une preuve de flexibilité et d’intelligence parentale. C’est s’adapter à un enfant qui grandit et à un parent qui évolue.
L’erreur des parents élevés à la campagne qui ne fonctionne pas en ville
Beaucoup de parents d’aujourd’hui ont grandi avec une liberté que leurs propres enfants, citadins, ne connaîtront probablement jamais. Le souvenir du « Va jouer dehors, rentre pour le dîner ! » est un archétype puissant. Cette éducation, basée sur une confiance intuitive en l’environnement et une acquisition « naturelle » de l’autonomie, est une erreur fondamentale à transposer telle quelle en milieu urbain. L’erreur n’est pas de vouloir l’autonomie pour son enfant, mais de croire qu’elle s’acquiert de la même manière dans un village de 500 habitants et dans une métropole de plusieurs millions.
En ville, la « nature » à apprivoiser n’est pas la forêt, mais un écosystème complexe fait de feux de circulation, de flux de piétons, de transports en commun et d’une densité sociale élevée. Laisser un enfant « se débrouiller » dans cet environnement sans un apprentissage structuré n’est pas le rendre autonome, c’est le mettre en danger. L’autonomie urbaine n’est pas innée, elle se construit et s’enseigne, pas à pas. L’erreur du parent « élevé à la campagne » est de sous-estimer la complexité cognitive de l’environnement urbain pour un enfant et de surseoir à cet enseignement explicite.
Le parentalisme à l’ancienne, qui consistait à dire « fais attention », ne suffit plus. Il faut le remplacer par un apprentissage actif. Il ne s’agit plus seulement de tenir la main, mais d’utiliser chaque trajet comme une leçon pratique. Cela implique de verbaliser les dangers, de décoder les signaux (pictogrammes, sons), d’identifier les lieux et les personnes ressources. C’est un changement de paradigme : le parent ne se contente plus de protéger, il doit devenir un véritable coach en mobilité urbaine pour son enfant.
L’objectif est de doter l’enfant de compétences concrètes pour qu’il puisse, le moment venu, naviguer cet environnement avec confiance et sécurité. Voici quelques principes pour construire cet apprentissage progressif :
- Faire le trajet ensemble : La répétition du même trajet (école-maison) est la base. Marchez avec lui, en verbalisant tout : « On regarde à gauche, puis à droite. La voiture est loin, on peut traverser. »
- Identifier les repères : Apprenez-lui à reconnaître les points de repère visuels (la boulangerie, la pharmacie) et les « refuges » (le gardien de l’immeuble, le café du coin) où il pourrait demander de l’aide.
- Apprendre à lire un plan : Même simple, un plan du quartier dessiné à la main lui permet de se créer une carte mentale de son environnement.
- Jeu de rôle : Simulez des situations : « Que ferais-tu si tu te perdais ? », « À qui demanderais-tu de l’aide ? ».
Enseigner la ville est une nouvelle responsabilité parentale, aussi essentielle aujourd’hui que l’était hier l’enseignement des dangers de la rivière ou de la forêt.
L’erreur qui perpétue la maltraitance psychologique chez 60% des familles
Parler de « maltraitance » fait peur. Le mot évoque des images extrêmes que la plupart des parents rejettent, et à juste titre. Pourtant, l’erreur la plus répandue, et qui explique la persistance des violences psychologiques, est de croire qu’elles ne concernent que les « autres ». La réalité est que la maltraitance psychologique est souvent invisible, insidieuse et involontaire. Elle se niche dans des phrases « anodines », du chantage affectif (« Si tu ne finis pas ton assiette, maman sera très triste ») aux comparaisons blessantes (« Regarde comme ton frère est sage, lui »), en passant par la minimisation des émotions (« Arrête de pleurer pour un rien »).
Ces « petites » phrases, répétées jour après jour, sont comme des gouttes d’eau qui érodent la confiance en soi de l’enfant. Elles ne laissent pas de bleus sur le corps, mais des cicatrices profondes dans l’estime de soi. L’enfant apprend qu’il n’est pas aimable tel qu’il est, que l’amour de ses parents est conditionnel à son comportement, et que ses émotions ne sont pas légitimes. C’est le cœur de la violence psychologique. Les données récentes du service Allô Enfance en Danger sont alarmantes : selon les chiffres de 2024, les violences psychologiques sont la première cause d’appel au 119, apparaissant dans 44% des situations traitées.
Cette statistique ne signifie pas que 44% des parents sont des « monstres », mais que la prise de conscience de l’impact de ces violences progresse. La plupart du temps, les parents qui les infligent sont eux-mêmes en souffrance, épuisés, et ne font que reproduire les seuls outils de communication qu’ils connaissent, souvent hérités de leur propre enfance. L’erreur fondamentale est de ne pas reconnaître sa propre part d’ombre, de ne pas voir comment notre propre stress, nos peurs et nos frustrations se transforment en paroles qui blessent.
Sortir de ce schéma demande un courage immense : celui de s’observer soi-même sans jugement. Quand est-ce que je crie ? Quand est-ce que j’utilise le chantage ? Très souvent, c’est lorsque nos propres besoins fondamentaux (repos, calme, reconnaissance) ne sont pas satisfaits. La première étape pour cesser la violence psychologique envers son enfant est donc de commencer à pratiquer la bienveillance envers soi-même. Reconnaître sa fatigue, demander de l’aide et comprendre que nos réactions sont souvent le symptôme de notre propre état intérieur.
Demander de l’aide, que ce soit en appelant le 119 pour un conseil ou en consultant un professionnel, n’est pas un aveu d’échec. C’est au contraire l’acte de parentalité le plus responsable qui soit.
Points clés à retenir
- Le plus grand risque pour un enfant n’est pas un cadre strict, mais l’incohérence d’un « yoyo éducatif » qui alterne laxisme et autorité.
- La solution la plus efficace est de définir votre « boussole éducative » : 3 valeurs familiales non-négociables qui guideront vos décisions au quotidien.
- L’autonomie en ville ne s’acquiert pas naturellement comme à la campagne ; elle doit être enseignée activement par le parent, qui devient un « coach en mobilité urbaine ».
Comment éviter d’être un parent hélicoptère tout en restant présent en ville ?
Le « parent hélicoptère » est cette figure parentale, souvent moquée, qui survole constamment son enfant, anticipant ses moindres besoins, écartant tous les obstacles et contrôlant chacun de ses mouvements. En milieu urbain, où les dangers semblent omniprésents et la pression sociale forte, la tentation de devenir ce parent est immense. L’anxiété est le carburant de l’hélicoptère. Pourtant, cette surprotection, qui part d’une bonne intention (assurer la sécurité et la réussite de l’enfant), a des effets pervers : elle entrave le développement de l’autonomie, de la résilience et de la confiance en soi.
La technologie moderne offre de nouveaux outils sophistiqués à l’arsenal du parent hélicoptère. La montre connectée avec traceur GPS est devenue le symbole de ce contrôle à distance, une sorte de laisse électronique qui rassure le parent mais peut empêcher l’enfant d’apprendre à se repérer, à gérer un imprévu ou simplement à avoir son propre jardin secret.
Alors, comment trouver le juste milieu ? L’antidote au parent hélicoptère n’est pas le laxisme, mais la présence intentionnelle. Il s’agit de remplacer le contrôle par l’accompagnement, et la surveillance par la confiance progressive. La clé est de construire un « échafaudage » de compétences chez l’enfant, qui lui permettra de faire face au monde, puis de retirer cet échafaudage petit à petit. L’âge moyen du premier trajet en autonomie en France, qui est d’environ 10 ans, ne sort pas de nulle part. Il est le fruit d’un long apprentissage qui doit commencer bien plus tôt.
Être un parent présent mais pas surprotecteur en ville, c’est accepter une part de risque calculé. C’est enseigner à son enfant à traverser la rue, puis le regarder faire seul depuis le trottoir d’en face. C’est lui donner les clés pour devenir autonome, au lieu de lui ouvrir toutes les portes. C’est passer du rôle de garde du corps à celui de coach. Cela demande de faire un travail sur ses propres angoisses et de faire confiance, non pas au monde extérieur, mais aux compétences que l’on a transmises à son enfant.
Le but ultime de l’éducation n’est pas de protéger nos enfants de toutes les difficultés de la vie, mais de leur donner les outils pour y faire face par eux-mêmes. Pour commencer ce cheminement, la première étape est de définir clairement le cap, en revenant aux fondations : vos valeurs.
Questions fréquentes sur la maltraitance infantile et les ressources d’aide
Le 119 est-il gratuit et accessible à toute heure ?
Oui, l’appel est gratuit depuis tous les téléphones (fixes et mobiles) et le service est disponible 24h/24 et 7j/7, à toute heure du jour ou de la nuit. Vous n’êtes jamais seul face à une inquiétude.
Qui peut appeler le 119 ?
Absolument tout le monde. Les enfants et adolescents directement concernés, mais aussi tous les adultes préoccupés par une situation d’enfant en danger : famille, voisins, enseignants, professionnels de santé, etc. Vous pouvez appeler pour un conseil ou pour signaler une situation.
L’appel apparaît-il sur la facture téléphonique du foyer ?
Non, par mesure de confidentialité et de sécurité, le numéro 119 n’apparaît sur aucun relevé ou facture téléphonique. L’appel est totalement confidentiel et invisible.